Voir la lettre de juin 2012

Passer de l'élitisme culturel en faveur de quelques privilégiés à une véritable démocratisation de la culture ! Par Bernard LUCAS

La culture a pendant longtemps été perçue comme un secteur dont les pouvoirs publics se devaient de rester à l'écart, « illégitimes » disait-on dans les salons parisiens. Néanmoins, tout au long du XXème siècle, l'idée de « l'émancipation du peuple par la culture » s'est imposée, portée par les socialistes du Front Populaire, puis par André Malraux et Jack Lang, sous la Vème république.

 

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  •  L'action du Département des Hauts-de-Seine

Avec les grandes lois de décentralisation des années 80, les collectivités ont ensuite donné un coup de fouet à l'action culturelle locale. Néanmoins, elles n'ont que peu d'obligations réglementaires. Ainsi, le Conseil général intervient certes à titre obligatoire mais surtout à titre facultatif :

1. Elaboration du schéma départemental d'enseignements artistiques
2. Gestion des bibliothèques centrales de prêt et des archives départementales
3. Soutien financier aux établissements culturels (théâtres, conservatoires, écoles de musique ...)
4. Soutien aux associations culturelles, compagnies théâtrales, chorales (Maitrise des Hauts-de-Seine) ou résidences d'artistes
5. Participation au développement de festivals départementaux (la Défense Jazz Festival, Chorus) et autres (Solidays, Rock en Seine), production d'évènements en tous genres (Rencontre Landowski, Ciné Goûter, Eteignez vos portables...)
6. Entretien et gestion du patrimoine, des parcs et musées départementaux (Albert Kahn, Musée de l' Île-de-France, Maison de Châteaubriand)

Le Département des Hauts-de-Seine engage un certain nombre de crédits au titre du soutien au développement des actions culturelles. En 2012, la majorité départementale a prévu 12,8 M€ en fonctionnement, et 5,09 M€ en investissement (en diminution par rapport à 2011: 14,9 M€ / 5,19 M€), soit moins de 1% des dépenses totales du Département (la moyenne nationale étant de 2,2%).

Ainsi, les dépenses de fonctionnement se situent à 8.5 euros par habitant contre 15.1 en moyenne nationale et à 3.39 euros en investissement contre 7.00 en moyenne nationale. (Source MCC/DEPS 2006, publiée en 2009)

 

  • Les orientations de la majorité départementale

La politique menée par la majorité départementale en ce domaine, est marquée par l'annonce de très grands projets et centralisés sur certains territoires. Ne serait-ce que géographiquement parlant, elle ne profite pas à tous les publics. Les subventions sont attribuées de manière disproportionnée, et peu transparente, valorisant avant tout l'art lyrique et la musique dite savante au dépend des autres sans effort de démocratisation.

Ainsi, en décembre 2009, La « Cité musicale » sur l'Île Seguin à Boulogne Billancourt, est annoncée bruyamment. Elle s'inscrit dans le cadre de la « Vallée de la Culture » cher au Président Devedjian.
L'objectif premier est d'« équiper le département d'un ensemble musical totalement inédit en France, tel qu'il en existe des exemples dans quelques grandes métropoles européennes : Rome, Hambourg ou Londres ». En période de crise économique, de hausse du chômage et des besoins sociaux, P. Devedjian décide d'engager le contribuable Alto-séquanais dans une « aventure » à plus de 165 M€ sur 30 ans par le biais d'un partenariat public-privé (PPP). Le Département ne deviendra propriétaire de cet ensemble qu'à l'issue du contrat. Est prévu en particulier un auditorium de 900 places consacré à la musique savante, une grande salle de 3000 places, et des espaces permettant d'organiser des manifestations d'entreprises. Ce projet est à l'évidence d'une dimension régionale, voire nationale, et ne peut être porté par le seul département des Hauts de Seine.

Un autre exemple de centralisation territoriale des subventions, concerne les budgets alloués aux expositions des musées. Aux dépends des partenariats avec les communes, la priorité est donnée aux seuls musées départementaux, tous situés dans le centre et le sud du 92. La Maison de Chateaubriand -Vallée au Loup, le Musée de l'Île de France - Domaine de Sceaux, et le Musée et Jardins d'Albert Kahn de Boulogne Billancourt se partagent 382 000 €.

Le financement des associations relève également de cette inégalité de traitement. 2012 est ainsi l'année où a été votée une subvention de 300 000 € à l'association ERDA ACCENTUS. Le nouveau projet de la majorité UMP/NC ? Créer « un nouvel orchestre à vocation internationale», « regrouper la fine fleur des jeunes musiciens de haut niveau » et « rassembler l'excellence européenne en 2012 ». La Maitrise des Hauts-de-Seine (« Chœur d'Enfants officiel de l'Opéra National de Paris »), quant à elle, perçoit « la part du lion » avec chaque année une aide de plus d'1 M€. Ces deux seules associations obtiennent à elles seules, 11,1% de la totalité des dépenses relatives aux actions culturelles du Département.

 

Le Projet des élus socialistes du Conseil général des Hauts-de-Seine

 

« Ce qui a fait la beauté de la civilisation antique, c'est la familiarité de l'art qui pénétrait partout, qui se mêlait à tout. Notre ambition est de retrouver cela. » Jean Jaurès

Notre projet pour la Culture s'inspire de cette citation. Il s'articule autour de 2 axes essentiels :

- Démocratisation culturelle
- Démocratie culturelle

Ces deux ambitions concordent avec les engagements pris par le Président François Hollande, la Ministre de la Culture, Aurélie Filipetti, et le programme national du parti socialiste. Ils prennent corps dans le projet historique porté par le mouvement socialiste, celui de Jean Jaurès, puis de Léon Blum et Léo Lagrange. L'idée étant que la culture et l'éducation populaire sont les deux côtes d'une même médaille, celle de l'émancipation.

Léo Lagrange (Député du Nord, Ministre des Loisirs)

Démocratisation culturelle

Une politique culturelle départementale ne se limite pas à la création d'une cité. Aussi, dans la lignée des 50 propositions des élus socialistes aux cantonales dans le 92, je suis intervenu à de nombreuses reprises pour pointer du doigt les choix et les carences en ce domaine de la majorité départementale.

Le Conseil général doit réfléchir de manière globale, en termes d'égalité des territoires. Il doit accompagner les orientations prises en ce sens par le Gouvernement, en évaluant, coordonnant et planifiant l'offre pour satisfaire ou motiver les demandes. Il convient donc de préférer une offre culturelle fondée sur la proximité, à celle, attentiste, d'une centralisation sur certaines communes (Sceaux et Boulogne-Billancourt). Nos propositions sont les suivantes :


- Engager un programme d'investissement pluriannuel en lien avec les communes pour les équipements culturels de proximité.
Il permettrait d'identifier les « déserts » culturels du département et lancer une politique de rénovation des ouvrages déjà existants (théâtres, conservatoires, salles de musique, bibliothèques et médiathèques).

- Organiser le maillage du territoire par les conservatoires de dimensions régionales, en pénétrant les quartiers populaires du 92, par l'aide à l'implantation d'antennes ou d'annexes.

- Créer un "PASS Culture" pour permettre l'accès aux lieux de culture à des tarifs préférentiels.

- Développer un programme départemental d'initiation aux œuvres « classiques » du répertoire musicale, de la sculpture et de la peinture.
Le schéma départemental prend ici tous sons sens, et doit se rapprocher d'avantage des associations locales relevant du secteur culturel, mais aussi du secteur social et de la jeunesse. Une politique culturelle efficace ne peut toucher tous les publics que si elle se conçoit de manière transversale.

- Organisation d'opérations communes sur l'ensemble du 92, en partenariat avec les autres collectivités et leurs établissements culturels. S'inspirer par exemple des « archipels d'expositions » mise en place en Bretagne. Le festival musical « Chorus », seule expérience en ce domaine car s'étalant sur plusieurs points du territoire, est une initiative intéressante mais pas encore satisfaisant.

- Etablir un programme d'accès à la culture des publics dits « empêchés » (âgés ou handicapés). Les personnes à mobilité réduite, âgées ou handicapées, sont, à l'instar des catégories populaires, les grandes oubliées de la politique départementale. Le Département doit inciter et accompagner les établissements culturels pour le développement d'une offre spécialisée selon les types de handicap (formation des professeurs, partitions en braille, bornes d'accès multimédia, audio description et vidéo-description...). Il doit leur mettre à disposition des professionnels du secteur médico-social. La Maison Départementale des Personnes Handicapées du 92, devrait aussi être un relais d'information et d'orientation.


Démocratie culturelle

A l'inverse des propos d'un ancien ministre de l'Intérieur, défait lors des dernières élections législatives à Boulogne-Billancourt, nous ne pensons pas que « toutes les civilisations ne se valent pas ». En matière de production de l'esprit, la diversité est la condition sine qua non de la richesse culturelle. Et contrairement à ce qu'en pense le philosophe Alain Finkielkraut, le HIP HOP n'est pas le syndrome de la défaite de la pensée.

Les questions sous-jacentes à nos prises de positions sont les suivantes : comment organiser une démocratie culturelle fondée sur la liberté de création, de diffusion et de participation ? Comment développer la créativité dans la pluralité ? Nos propositions sont les suivantes :


- Etablir un plan de veille et de sauvegarde pour une offre culturelle diversifiée. Les pratiques vocales, les musiques et danses traditionnelles, les arts de rue, les musiques actuelles, les fanfares, les cultures urbaines... doivent être représentés sur notre territoire.

- Assurer le soutien et la pérennisation des pratiques amateurs. Eviter l'évasion et la disparition des savoirs, par le suivi des établissements culturels et associations qui disparaissent faute de subventions.

- Favoriser la création partagée artistes/habitants. Elle se concrétise notamment par des résidences d'artistes. Le Département doit pouvoir faciliter, par la mise à disposition de locaux ou de matériels appropriés, les interactions productives entre amateurs et professionnels.

- Soutenir et stabiliser les associations d'éducation populaire. La pratique culturelle est fille de l'instruction et de la collaboration citoyenne. Il est inacceptable que des Maison de la Jeunesse et de la Culture (MJC) ferment dans notre département faute de moyens.

@ CNAJEP

- Elaboration d'un plan d'aide et d'accompagnement des jeunes artistes alto-séquanais. Devenir un artiste accompli, et ce dans n'importe quel domaine, exige des pouvoirs publics un dispositif de suivi. Cela peut passer par une structure départementale leur étant dédiée, et la mise en place d'un système de bourses de formation.


Pour arriver à ces résultats, il est nécessaire que le Conseil général ne soit plus comme aujourd'hui la simple addition des désirs et des « coups de cœur » des communes, mais qu'il développe une politique de développement artistique permettant de rétablir l'égalité entre les territoires du département. Cela touche au fonctionnement du Conseil général, à ses compétences, et au comportement de chacun de ses conseillers.

Sans doute, retrouvons nous là, comme dans beaucoup d'autres domaines, des pistes de réflexion pour la réforme territoriale qui se dessine pour 2014.