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Révision du plan de déplacements urbains d'Ile de France : Martine GOURIET salue le travail de concertation et les objectifs ambitieux du PDUIF !
Article du 19/10/2012

Monsieur le Président, chers collègues,

Nous avons là un dossier très important qui a nécessité des heures de concertation, des heures de réunion et qui est le fruit de pratiquement cinq ans de travail puisqu'il a été lancé par le Conseil régional, je regardais la date, en 2007.
Vous imaginez bien que sur l'ensemble de ce document, à savoir 150 pages de document principal et 150 pages de rapport environnemental, chaque collectivité concernée va pouvoir ajouter son point de vue.
Néanmoins, c'est un énorme travail et je pense qu'il faut mesurer et saluer le travail de concertation qui a été fait sur le sujet puisqu'il y a eu à la fois la concertation avec le public, plus de 10 000 questionnaires remplis, les partenaires, les départements, les communes, le monde économique, tous se sont réunis et je pense que c'est important de souligner que sur l'ensemble du dossier, il y a une convergence des objectifs et des avis, c'est un point primordial.
Sur les objectifs généraux, Madame Fritsch en parlait tout à l'heure, le point fondamental est de définir les objectifs généraux pour les transports en Ile-de-France à l'horizon 2020, sachant que ce dossier est essentiel puisqu'il s'agit de la vie quotidienne de l'ensemble de nos concitoyens qui est impactée. Nous savons tous, élus que nous sommes, quelle importance a le temps de déplacement entre le domicile et le travail, et nous sommes tous mobilisé ces jours-ci sur l'affaire du Grand Paris Express. Donc, nous mesurons combien le dossier est important.
En Ile-de-France, je recite les chiffres qui sont astronomiques : 41 millions de déplacements quotidiens, 170 millions de kilomètres parcourus chaque jour dont près de 100 millions en voiture, une hausse de 25 % du trafic dans les transports en commun en dix ans, 60 % du trafic ferroviaire national, 180 km de bouchons chaque matin et 1 h 30 consacrée en moyenne, chaque jour, par Francilien pour se déplacer, plus de 2 heures pour 20 % des Franciliens.
Nous sommes donc sur des enjeux importants et je pense que l'on pouvait tous être d'accord dessus, je le dis d'autant plus quand nous rencontrons les élus des régions qui nous disent : pourquoi voulez-vous vous focaliser sur les déplacements en Ile-de-France ? C'est parce que l'on a ces chiffres-là de deux heures de transport, c'est assez intolérable, il faut que l'on puisse résoudre ce point en particulier.
Ce qui est important, c'est le fait qu'il y a dans ce plan, à l'horizon 2020, des objectifs de croissance de 20 % des déplacements en transports en commun, de 10 % pour le vélo et la marche (les modes actifs) et une baisse de 2 % des déplacements en voiture.
2 %, cela pourrait ne pas sembler énorme, c'est la réflexion que je me suis faite au départ quand j'ai lu les objectifs, mais comme les déplacements augmentent (7 % sur dix ans), dans la pratique, ces 2%, cela fait une baisse de près de 10 % de la part de l'automobile. Ce sont donc des objectifs assez importants.
D'aucuns diraient : non, il faut être encore plus ambitieux, mais je pense que cela l'est déjà suffisamment.
Il y a huit défis dans ce PDUIF : le fait de construire une ville favorable aux déplacements à pied, en vélo, en transports collectifs ; le fait de rendre les transports collectifs attractifs ; de redonner à la marche de l'importance ; un nouveau souffle à la pratique du vélo (je dirais un souffle tout court) ; agir sur les conditions d'usage des modes individuels motorisés ; rendre accessible l'ensemble de la chaîne de déplacements ; rationaliser l'organisation des flux de marchandises ; mettre en œuvre un pacte pour la mobilité et faire des Franciliens des acteurs responsables de leurs déplacements. Pour chacune de ces actions, il y a un certain nombre de détails et d'actions indiqués.
Vous émettez un avis assez violemment défavorable contre ce plan. C'est assez étonnant parce qu'à la fois, vous affirmez être d'accord avec les objectifs, et quand on lit dans le détail le rapport, votre avis est violemment défavorable et assez contradictoire.
Par exemple, vous indiquez que le plan ne serait pas financé et que vous demandez un audit sur les financements, mais dans le même temps, vous ajoutez des demandes sur le prolongement des lignes de métro... C'est une espèce de guichet où chacun va ajouter ses demandes. Evidemment, si chaque collectivité émet chaque fois ses propres demandes, le plan ne sera pas financé.
Donc, c'est complètement contradictoire de dire que ce n'est pas financé et en même temps, de demander des études et des prolongements de lignes de métro, qui par ailleurs, sont louables sauf que l'on sait très bien (on le sait encore plus en ce moment sur l'affaire du Grand Paris Express) que l'on ne pourra pas à l'horizon 2020 (à l'échelle des transports en commun, c'est demain matin) avoir réalisé tout cela, y compris les prolongements de lignes de métro que vous suggérez dans le document.
Vous proposez toute une série de retouches dans le document dont certaines ne posent pas de problème parce qu'il faut bien voir que ce document a été construit dans la durée, comme je l'ai dit. Il est donc tout à fait logique que des projets étaient terminés alors que le document n'avait été encore imprimé, il y a pas mal de petites remarques qui sont légitimes qui sont indiquées, mais d'autres n'apportent vraiment rien.
J'en avais noté, par exemple, pour dire que l'on est contre ce document, on indique une phrase générale disant : « rappeler la tendance à l'augmentation de l'usage des deux-roues motorisées en raison des contraintes de circulation, stationnement imposées aux voitures, cette augmentation est source de mortalité ». Certes, mais je ne vois pas pourquoi le fait de rajouter cette phrase dans le plan impliquerait que nous voterions contre.
Tout cela ne me dit pas vraiment pourquoi il y a un avis aussi violemment défavorable.
Au final, les points qui sont ceux qui, vraisemblablement vous gênent le plus, sont des points de prescription du plan que je considère pour ma part comme très importants parce qu'ils vont concrètement pouvoir réduire l'usage de la voiture et favoriser l'usage des modes doux.
Par exemple, il y a - je reprends la page 116 du document - la prescription sur le nombre de places de stationnement des vélos. C'est une prescription et il est écrit : le nombre de places de stationnement à réserver pour les vélos dans le cœur d'agglomération, une place sur quarante, dans l'agglomération centrale, une place sur cinquante. C'est ainsi (on sait très bien que c'est important) que l'on pourra favoriser l'usage des vélos.
Un deuxième point de prescription concerne les bâtiments de bureaux, en particulier tous ceux qui sont à proximité des transports. On sait aussi que plus il y a de places de parking dans les bureaux, plus les gens allant travailler vont avoir tendance à utiliser leur voiture au lieu des transports en commun même s'ils sont jusqu'à côté d'une gare ou d'un arrêt de bus.
Il y a une prescription sur le nombre de places dans les opérations de bureaux, une prescription assez importante. Là aussi, j'ai repris dans les détails parce que ce sont eux qui sont intéressants, il est noté que dans les communes limitrophes de Paris comportant au moins une station de métro (cela concerne beaucoup de communes de notre département), il ne pourra être construit plus d'une place pour 90 m2 de SHON à moins de 500 mètres d'un point de desserte de transports en commun structurant, et une place pour 70 m2 de SHON à plus de 500 mètres d'un point de desserte de transports en commun structurants.
Dans les autres communes du cœur d'agglomération (qui nous concernent également), il ne pourra être construit plus d'une place pour 60 m2 de SHON à moins de 500 mètres d'un point de desserte structurant et une place pour 50 m2 SHON à plus de 500 mètres d'un point de desserte structurant.
Ces nouvelles normes sont assez strictes, mais en les adoptant, pour les nouveaux immeubles de bureaux, cela permettra d'atteindre l'objectif de réduction de l'usage de l'automobile en ville, ce que nous souhaitons.
Je pense que ces points de prescription sont extrêmement importants et ce sont ceux-là que vous rejetez.
Ensuite, vous indiquez que le Grand Paris n'est pas positionné (cela m'a également étonnée), mais le Grand Paris est bien positionné, nous avons une belle carte avec les lignes pour lesquelles on est actuellement en train de se battre.
Il faut également voir que le schéma est à l'horizon 2020 et on sait très bien (vous le savez tous aussi bien que moi ici) qu'à l'horizon 2020, on espère que des tronçons du Grand Paris Express seront réalisés sous réserve que la Société du Grand Paris réussisse non seulement à avoir l'ensemble des financements, mais aussi à tenir les calendriers parce que nous savons que ce sont des schémas techniques compliqués.
Si on réussit à avoir des choses à l'horizon 2020, ce sera déjà un exploit pour l'ensemble des personnes qui sont en maîtrise d'ouvrage et qui font les travaux parce qu'il y a non seulement la question du financement, mais aussi celle de la technicité et de la complexité d'un grand réseau comme celui-ci.
A l'horizon 2020, vouloir que le plan prenne en compte la globalité de l'ensemble des points du Grand Paris Express, je pense que c'est assez illusoire.
Ensuite, je pense qu'en refusant le plan, ce que vous faites là...

M. le Président.- Je vous demande d'accélérer un peu.

Mme Gouriet.- C'est mon dernier point Monsieur le Président, mais je peux continuer longtemps.

M. le Président.- J'en suis sûr.

Mme Gouriet.- Pour un dossier qui a demandé cinq ans de concertation, je pense qu'il est important que l'on en débatte longuement.
On aurait pu, au niveau du Département, mettre une annexe avec un certain nombre d'amendements qui sont légitimes, il y a un certain nombre de points sur lesquels (je les ai regardés en détail), vous avez raison, il y a des points de détail que l'on aurait pu mettre, mais en refusant de manière globale la délibération comme vous le faites, vous dites : « Non, on n'est pas d'accord avec les objectifs, on n'est pas d'accord pour la réduction de la voiture envisagée » et vous émettez un avis défavorable à tout ce qui est développement des transports en commun et développement des modes doux.
Ce sont pour toutes ces raisons que nous ne sommes pas d'accord avec votre avis et que nous voterons contre.