Voir la lettre de Avril 2013

Jean-André Lasserre souhaite une (r)évolution du quartier d'affaires de La Défense
Article du 8/4/2013

Les récents rapports de la Cour des Comptes et de l'Inspection Générale des Finances mettent enfin en lumière l'impasse que représente le modèle, tant urbain qu'économique, de La Défense, modèle que nous dénonçons depuis des années.

 La conjoncture économique, sociale et écologique actuelle met en lumière l'absence de projet urbain et la déliquescence du modèle économique de La Défense.

 Le Plan de Renouveau lancé en 2006 avec son vaste programme de rénovation et de construction de nouvelles tours, visant à engranger de nouvelles recettes, est une solution inadaptée. Les coûts de remise en état des espaces publics et des tunnels, délaissés depuis leur construction, se sont accumulés et s'élèvent aujourd'hui à 260 M d'euros. La seule échappatoire pour l'établissement public est la fuite en avant : construire toujours plus de tours pour régénérer les tours existantes et espérer financer les travaux d'entretien.

 In fine, l'EPADESA (ex-EPAD) répond au coup par coup aux demandes les plus folles des promoteurs, acceptant par exemple de démolir 350 logements dont certains sociaux pour laisser construire par un promoteur russe deux tours de très haut standing. Dans le même temps, les objectifs du Plan de Renouveau, moins rentables (100.000 m2 de logement, participation au financement d'EOLE à hauteur de 100 millions d'euros), sont laissés de côté.

 Pour sortir de cette impasse, il est nécessaire d'engager trois chantiers

Régler la question financière.

Pour s'engager enfin vers l'avenir, il est nécessaire de régler le passif du quartier d'affaires. Exonérés jusqu'à présent de charges, les communes et les propriétaires des 72 tours doivent participer à l'entretien des structures existantes. Les premiers ont largement profité des retombées financières et économiques de la Défense (laissant à l'Epadesa l'entretien des espaces publics de leur territoire), les seconds, d'une taxe professionnelle particulièrement basse.

 Dessiner un projet d'aménagement au service de toute la métropole

Aujourd'hui, l'attractivité d'un quartier d'affaires ne se mesure plus à la hauteur et au nombre de ses tours. Les quartiers émergents de notre planète s'appuient sur leurs liens avec les centres-villes, sur leur mixité, sur leurs espaces et leurs qualités de service. Il faut doter ce territoire de qualités urbaines à la hauteur des attentes de ses habitants et de ses salariés : construire des logements accessibles en tendant vers un meilleur équilibre entre bureaux et logements, limiter la tertiarisation et les tours inhumaines et énergivores, développer les services publics nécessaires aux populations, multiplier les espaces verts.

Pour s'inscrire au service d'une métropole solidaire et durable, un tel projet de développement doit être partagé avec les tous les acteurs, ceux de son environnement immédiat (habitants, salariés, organisations syndicales, élus locaux), et ceux d'un périmètre plus lointain (Département, Métropole, et Région).

Cette vision partagée doit se concrétiser par la conclusion d'un seul Contrat de Développement Territorial (CDT) sur les 6 communes qui constituent le bassin de La Défense, associant la Région Île-de-France, la Ville de Paris, Neuilly-sur-Seine.

 Aménager la gouvernance

Si, comme le laisse penser l'avant projet de loi de décentralisation, l'EPADESA voit sa mission recentrée sur sa fonction d'aménageur, la permanence d'un établissement public d'aménagement, lourd et coûteux comme l'Epadesa, est-elle nécessaire ?

Ne pourrait-on pas imaginer, à l'image de Saint-Denis et de Plaine Commune, qu'une Société d'Economie Mixte d'Aménagement locale, dotée d'une feuille de route claire et partagée avec les populations, puisse assumer cette mission plus efficacement ?

 A l'heure où se discutent dans les cabinets ministériels la gouvernance de la métropole et le projet de La Défense, nous demandons la fin du régime d'exception de La Défense, et le retour à l'Etat de droit, dans lequel chacun, collectivités comme Etat, assume ses responsabilités et s'unit pour construire l'avenir durable de La Défense et de l'Ouest parisien.

Aussi, le Conseil Général des Hauts-de-Seine, réuni en séance plénière, soutient le retour à l'Etat de droit à La Défense et demande :

- la signature d'un seul Contrat de Développement Territorial sur les 6 communes du bassin de La Défense, associant la Région Île-de-France, la ville de Paris et Neuilly-sur-Seine;

 - la disparition à terme de l'Epadesa ;

 - le soutien à Defacto ou toute autre structure de gestion de La Défense dépendant des collectivités territoriales ;

 - de nouvelles modalités de financement afin d'apurer le passé et d'investir pour l'avenir ;

 - et un moratoire sur les projets les plus contestés de La Défense, c'est-à-dire Hermitage, Phare et Ava.